Éditions TIRÉSIAS
Michel Reynaud

1ère partie :

Pour une lutte contre l’oubli...
Michel Reynaud, le Mousquetaire des temps modernes
en résistance depuis 10 ans !

Dans tous les métiers, toutes les professions, toutes les corporations, il y a ceux qui sacrifient au dieu Profit et les autres. Les premiers étant devenus — mondialisation oblige — la déprimante majorité et les seconds, une espèce trop rare pour ne pas être en voie de disparition.

Les premiers n’ont qu’un seul objectif, la rentabilité immédiate à tout prix et même souvent, hélas, au prix de toutes les concessions voire même compromissions. Les seconds, obstinément à contre-courant sont le plus souvent considérés comme des empêcheurs de globaliser en rond. En matière de culture cependant, ils représentent la plupart du temps, les forces vives de la création et de la relève. Ils ont donc raison de penser que les implacables lois du marché ne doivent pas être rigoureusement appliquées à la vie culturelle de la planète, sauf à vouloir aboutir à une uniformisation réductrice de cette dernière, à une pensée intellectuelle unique, politiquement correcte, et à une culture planétaire insipide vidée de la spécificité qui faisait jadis son originalité et sa force.

Parmi les empêcheurs de globaliser en rond, il y a bien sûr, ces éditeurs qui font de la résistance, volontiers qualifiés par certains de « petits éditeurs » et qui, jour après jour, tel des funambules toujours sur la corde raide, défient les lois de l’équilibre financier.

Ceux qui nous sont fidèles depuis notre création, le 1er janvier 2000, le savent déjà, LivresPlus est un magazine littéraire totalement indépendant, inféodé à aucune chapelle. Notre seul objectif est de vous faire partager notre passion des livres et de la lecture, et de vous faire découvrir des Lectures d’ici et d’ailleurs : celles dont on parle déjà beaucoup, mais aussi celles dont justement on parle peu – voire pas du tout.

Notre travail de journaliste est avant tout d’informer nos lecteurs. Nos découvertes sont donc toujours intéressantes, souvent passionnantes, parfois décevantes, rarement insipides, mais en tout cas, jamais inutiles.

En cette période de rentrée littéraire — la première du IIIe millénaire —, nous avons décidé de vous parler plus longuement d’une maison d’édition française — voire peut-être même pour certains d’entre vous, de vous la faire découvrir — les Éditions TIRÉSIAS qui fêtent cette année leurs dix ans d’existence... et de résistance !

Depuis que je l’ai découverte, presque par hasard, il y a maintenant plus de sept ans, cette maison d’édition n’a jamais cessé de me surprendre par sa qualité éditoriale, la force de ses textes et l’authencité des témoignages publiés.

Pourquoi en parler en ce mois du souvenir et en cette année du 55e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, me direz-vous ? simplement parce que le devoir de mémoire est le combat principal de son fondateur, Michel Reynaud.

Michel Reynaud est un éditeur courageux qui, depuis maintenant dix longues années, se bat sur le terrain pour que nul ne puisse dire à l’avenir : « Je ne savais pas... ». Il a fondé les Éditions TIRÉSIAS pour que notre présent et surtout notre futur n’ignore rien de son passé historique même et surtout, s’il est encore douloureux.

Toujours à la recherche de témoignages authentiques et forts afin que la mémoire collective se souvienne des atrocités du passé, Michel Reynaud et sa maison d’édition n’ont pas hésiter à publier l’ouvrage de Georges Wellers, « Un Juif sous Vichy » — une réédition de « L'Étoile jaune à l'heure de Vichy » —, dans lequel les activités antisémites du gouvernement de Vichy sont dépeintes de façon précise et accablante. Précisons que ce livre a été versé aux débats comme pièce lors du procès du criminel de guerre, Aloïs Brunner.

Michel Reynaud et les Éditions Tirésias n’ont pas oublié tous ceux qui, au péril de leur vie, ont combattu dans l’ombre pour s’opposer à la complaisance du gouvernement du Maréchal Pétain face à l’univers concentrationnaire nazi et à tous ceux qui ont donné leur jeunesse et leur vie pour que la liberté reprenne le flambeau que l’ombre nazie avait depuis si longtemps éteint.

Un Normand dans... Itinéraire d’une Guerre (1930-1945), La Collaboration dans l’Eure, (1940-1944) Les Bibelforscher et le Nazisme (1933-1945), Eysses contre Vichy, Clandestinité – La Résistance dans le Département de l’Orne, La Résistance dans la bocage normand, Une famille dans le Débarquement (dans lequel le régiment de la Chaudière est particulièrement mis à l’honneur), Du côté des vainqueurs – Au crépuscule des crématoires, Un Allemand dans la Résistance... et bien d’autres...

... autant d’ouvrages forts, destinés à faire que jamais plus l’indifférence des hommes ne puisse permettre de tels massacres et une telle ignominie.

Convaincre de l’utilité d’une mémoire collective qui se souvienne de tout et surtout de ce qu’elle voudrait tant oublier à jamais, « parler de l’indicible » voilà bien l’objectif poursuivi sans relâche par Michel Reynaud... objectif que nous voulons faire nôtre...

Avec un profil à la D’Artagnan, Michel Reynaud, romancier lui-même et poète, se bat tel un mousquetaire des temps modernes pour que l’information passe et que la mémoire demeure vigilante...

Et avec nous tous, il vaincra, j’en suis sûre, car, rien n’est, aux Éditions Tirésias, un phénomène médiatique, de mode et de l’instant... tout y est authentique. Même la fougue quasi véhémente, avec laquelle cet éditeur résiste souvent seul contre tous et défend ses auteurs et leurs manuscrits. Un éditeur qui n’a pas peur de se battre bec et ongles pour défendre ses choix éditoriaux même si cela doit égratigner au passage la mouvance bien pensante du moment.

Un éditeur qui refuse la médiocrité dans l’écriture en donnant leur vraie place à des auteurs authentiques qui sont tout sauf des auteurs à la chaîne : Michel Reynaud joue à fond son rôle de découvreur de nouveaux talents et surtout, s’obstine à vouloir parler de ce dont personne – ou presque – ne parle.

En effet, le fonds très diversifié des éditions TIRÉSIAS regroupe des romans — comme Les amants de papier, La Femme du Milieu, 400 KF + Primes, L’Odette des Brizards-Une vie en Morvan, La Nuit tombe sur Alger la blanche, La Courbe de Gauss —, des ouvrages de poésie — Écrits dans la cendre, Anthologie des poèmes de Buchenwald, Le Voleur de feu, J’écris-Poèmes d’Algérie 72-98 —, du théâtre — Complicité avec Jean Vilar —, des documents — Mogapoly, Un siècle d’avocats, Falstaff chez Khomeini, Les Francs-tireurs et les Garibaldi, Falstaff au Viet-Nam — et bien sûr les ouvrages d’histoire balayant de Vichy à Évian, des collections dont les titres parlent d’eux-mêmes « Ces Oubliés de l'Histoire » avec outre ceux déjà cités plus haut — Un enlèvement en Kabylie, Un élu dans la Guerre d’Algérie, L’Assassinat du Château-Royal, Deux terrorismes face à face Algérie-France, En Algérie du temps de la France 1950-1955, L’Olivier de Makouda, Face à la cage de verre, Ces femmes espagnoles de la Résistance à la déportation, La Foire à l’Homme-écrits dans les camps du système nazi de 1933 à 1945 —.

Il est vrai que son catalogue regorge de petites merveilles d’une richesse insoupçonnée, d’une précision déconcertante et d’une authenticité rare, des petites merveilles qui se sont écloses bien loin des remous médiatiques ou des blitz publicitaires, et qui sont un grand moment d’émotion et d’étonnement ravi lorsqu’on prend la peine de les découvrir.

Chapeau bas, monsieur Reynaud et merci !

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2000

[à venir dans LivresPlus, une entrevue avec cet éditeur hors du commun]