Ma Romy

 

 En cette année du 100e anniversaire de l'assassinat à Genève de l'Impératrice Elizabeth d'Autriche, Rosemarie Albach aurait eu 60 ans.

Née le 23 septembre 1938 à Vienne, elle avait passé sa jeunesse dans les Alpes bavaroises si chères au coeur impérial.  De ses jeunes années égrénées entre la Bavière et Salzbourg, elle avait su garder une profonde joie de vivre et même si sa vie s'est brusquement arrêtée un triste jour de la fin mai 1982, son souvenir en nos coeurs est, lui, toujours bien présent.

Sa carrière avait débuté de façon fulgurante alors qu'elle n'était encore qu'une toute jeune adolescente.  Elle allait trouver son couronnement, bien injustement tardif, avec la remise de deux Césars : le premier en février 1976 pour «L'important, c'est d'aimer» d'Andrzej Zulawski, et le second, pour le très émouvant film de Claude Sautet, «Une histoire simple».

Mais en dépit de l'intensité de ses nombreux rôles d'actrice devenue femme, et surtout de la qualité de ses prestations, c'est néanmoins - même si cela la faisait souvent enrager -, sous les traits des personnages (ou mieux, de l'un des personnages) qu'elle a interprétés au tout début de sa carrière, que nous nous remémorons le plus souvent cette grande actrice qu'était Romy Schneider. Car, vous le saviez déjà, grâce au titre, c'est bien d'elle dont il s'agit ici.

Outre sa beauté charismatique et son petit côté un rien rebelle, il est vrai qu'à la toute première vue, Romy Schneider partageait avec la plus légendaire des héroïnes qu'elle a incarnées à l'écran, une insolente joie de vivre et une vitalité débordante, voire presque indomptable.  Mais ceci mis à part, Romy n'est pas l'éternelle Sissi et sommes-nous sûrs d'avoir bien sur détecter la femme derrière la comédienne adulée.

Daniel Biasini, son dernier mari et le père de leur fille, Sarah Madgalena, nous raconte ses dix années de vie commune avec cette grande dame du cinéma international, dans «Ma Romy», un livre publié aux Éditions Michel Lafon.

On y retrouve bien sûr l'actrice au professionnalisme exemplaire, comédienne conscienceuse à l'extrême, totalement impliquée dans son travail.  Mais, Daniel Biasini nous fait aussi, et surtout, découvrir une jeune femme adorant la vie, confiante dans «sa» vie, une mère tendre et aimante, une femme comblée, généreuse, amoureuse, bien dans sa peau, en un mot, une femme épanouie qui n'a vraiment absolument rien à voir avec cette espèce d'héroïne de tragédie grecque aux prises avec un mal de vivre oppressant, sous les traits de laquelle on nous l'a, jusqu'ici, trop souvent dépeinte avec une rare complaisance.

La dédicace de l'auteur donne le ton du livre quant aux exigences particulièrement élevées qu'il s'est fixées pour sa rédaction. Ces exigences morales sont le plus bel hommage qu'il pouvait rendre à Romy.  Un bel hommage de Daniel Biasini à la femme qu'il a visiblement passionnément aimée et à la mère de sa fille chérie.

En effet, tout au long de ses pages, il essaie de faire la part des choses entre la réalité, l'inexactitude et le mensonge.  Il est clair dès la première ligne que son premier souci est de replacer scrupuleusement les événements dans leur véritable contexte.  Jamais, cependant, il ne fait preuve de rancoeur ou d'amertume, pas plus qu'il n'essaie à aucun moment, de règler leur compte, par livre interposé, aux trop nombreux vrais «faux» amis qui ont su si bien abuser de sa femme.

On y apprend aussi le combat permanent qu'a dû très tôt mener Romy Schneider contre les paparazzi, surtout allemands, lesquels la poursuivaient sans relâche, 24 h sur 24. Ont-ils d'ailleurs une quelconque part de responsabilité dans les événements qui ont conduit à sa disparition? ...  la question reste posée en filigrane....

Une mention spéciale pour les superbes photos inédites provenant des archives personnelles de monsieur Biasini : elles nous montrent une femme resplendissante, respirant le bonheur de vivre, une mère attentionnée auprès de David et de Sarah, et une femme heureuse parce qu'amoureuse.

Pour les passionnés de cinéma, sachez que vous trouverez en annexe de ce livre, le détail complet de tous les rôles tenus par Romy Schneider et ce, tant au cinéma qu'à la télévision et au théâtre, le tout avec l'année, la langue de tournage, le nom du réalisateur et des principaux partenaires de l'actrice.

L'épilogue est quant à lui fort intrigant, car il pose sous la plume de Marco Schenz, clairement la question : «Y a -t-il une «affaire Romy Schneider?».

On y apprend entre autres, l'existence d'un étrange «nouveau» testament, rédigé presque à la hâte, au petit matin, dans une chambre d'hôtel de Zurich... des dernières volontés qui apparaissent très curieuses, parce que très confuses, et ce, 19 jours à peine avant la mort de l'actrice, mais qui n'ont, cependant, jamais été analysées par un expert graphologue.

Même si l'auteur lui-même - sans doute par pudeur -, s'abstient d'y faire allusion, on découvre dans cet épilogue des questions jamais ouvertement posées, ni même officiellement évoquées jusqu'ici, mais qui pourtant au fil des dernières pages, se sont peut-être peu à peu imposées d'elles-même au lecteur.  À vous d'en juger?

Un livre à lire même - et surtout - si vous n'avez jamais aimé la série des «Sissi» et  autres «bleuettes» royales ou impériales de ses débuts.

Quand on referme cette biographie, on a l'impression de quitter quelqu'un que l'on connait depuis longtemps, tant ces quelques pages écrites avec une grande délicatesse, une infinie tendresse et surtout beaucoup de pudeur, nous  touchent.

Il s'agit là d'un portrait qui se veut fidèle et d'un livre à n'en pas douter, fort sincère.

«Ma Romy» de Daniel Biasini n'est pas une biographie comme les autres, c'est beaucoup plus que cela... car c'est tout à la fois, un véritable souvenir de famille et une magnifique déclaration d'amour.

Ma Romy
Daniel Biasini
325 pages (1998)
Éditions Michel Lafon

© Alexandra S. Holstein
Montréal, 1999