La mémoire en fuite

 

Avec son dernier roman, Anne Michaels s’est vu mériter de nombreux prix. On lui a entre autres décerné le fameux "Jewish Book Award", l’un des honneurs les plus enviés chez les écrivains. Cette auteure a délaissé la poésie le temps de nous concocter un roman d’une grande qualité d’écriture. Robert Lalonde a fait la traduction de ce petit chef-d’oeuvre et on peut affirmer qu’il a réussi avec intelligence à nous faire admirer la richesse des mots.

Anne Michaels nous raconte l’histoire du petit Jacob dont la famille a été tuée pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce brave garçon s’enfuit dans la forêt et voit son destin transformé par la rencontre d’Athos, un archéologue. Tous les deux trouveront refuge dans une île grecque où Athos enseignera à Jacob différentes disciplines. Il lui racontera des histoires parfois tristes, quelquefois heureuses. À travers son quotidien, Jacob sera constamment confronté à son passé, ce passé qui le hante, ce passé inoubliable... Cette famille qu’il ne reverra jamais; sa soeur Bella qu’il fait revivre comme si elle était à ses côtés. Nos deux compères fuiront l’Europe pour venir s’installer à Toronto où leur vie prendra un nouveau départ. Mais plus Jacob tente de fuir ses souvenirs, plus ils refont surface. C’est vraiment une lutte à finir.

Dans ce roman, l’histoire n’a pas le premier rôle. C’est plutôt ce qui en ressort qui nous émeut et nous attire. Les sentiments que les personnages nous font vivre, se transforment souvent en réflexion d’une profondeur insoupçonnable. Il est inutile de spécifier que le lecteur devient intimement lié à ce petit garçon qu’on voit évoluer sous nos yeux. Et cette amitié entre Athos et Jacob, ce lien indissociable, malgré la vie qui continue...

On ne peut parler de ce livre sans souligner le remarquable travail d’écriture de Anne Micheals. Il arrive que l’on doit lire et relire un paragraphe tellement il prend vie et s’insère à notre propre expérience personnelle. Peut-être aurez-vous la tentation de souligner certains passages de peur d’en perdre l’essence même de son contenu. Pour ma part, je dirais que les deux dernières lignes sont particulièrement touchantes et il serait dommage de vous en dévoiler la substance...à vous de l’apprécier à sa juste valeur...mais n’allez pas le lire avant...

C’est un livre qui se dévore avec bonheur et passion. Vous voudrez le faire partager à votre entourage car il deviendra vite l’un de vos livres préférés...

La mémoire en fuite
Anne Michaels
366 pages (1998)
Boréal

© Josée Corriveau
Montréal, 1999