L' Égyptien

 

ELLE :

36 ans, blonde aux yeux bleus, grande, merveilleusement belle, un corps splendide à la peau bronzée avec de longues jambes au galbe parfait, elle est l'ex-belle-fille de la reine d'Angleterre.

Véritable star de la famille royale, elle demeure, en dépit de ses accès de déprime et de ses déboires conjugaux étalés à la une de tous les tabloïds, l'enfant chérie du peuple britannique. Les sujets de Sa Majesté ont depuis longtemps en effet succombé au charme charismatique de la mère de leur futur roi ou plutôt « presque » futur roi, car l'espoir de sauver la monarchie anglaise repose désormais sur la tête d'un adolescent de 14 ans qui, aidé par le destin, devrait succéder à sa grand-mère.

Une subreptice mélancolie voile parfois, le temps d'un éclair, l'éclat pervenche de son regard et on peut y lire alors toute la détresse et l'amère désillusion d'une femme délaissée.

Elle adore les enfants : les siens, mais aussi tous ceux qui souffrent à travers le monde et elle s'est donnée comme tâche première de faire tout ce qui lui est humainement possible pour essayer de les aider. Le seul homme de sa vie, son confident et son soutien face aux vicissitudes qui sont devenues son lot quotidien, est maintenant son fils aîné qu'elle adore emmener déjeuner au... San Lorenzo...!

La jeune fille jadis un peu gauche et rondelette, s'est transformée en une jeune femme libre, pleine d'assurance, au charme irrésistible, aux gestes gracieux et au port de reine.

La chrysalide a donné naissance à un papillon royal.

 

LUI :

La quarantaine, un regard mélancolique empreint d'une indicible douceur, un sourire en demi-teinte au coin de ses lèvres fines, une beauté mystérieuse mais sans éclat sur un visage de sphinx... Il est égyptien, dépensier et endetté : conséquence normale de ses deux passions, les voitures de luxe et les femmes.

Fils d'un milliardaire propriétaire d'un des plus grands magasins huppés de Londres, sa récente réussite à Hollywood comme metteur en scène lui a prouvé qu'il pouvait être autre chose qu'un simple fils à papa.

 

L'EGYPTIEN... SON PÈRE :

La soixantaine trapue, doté d'une intuition frisant le 6e sens, veuf de la cousine d'un trafiquant international d'armes fort actif au Moyen-Orient, l'enfant pauvre et affamé qui courrait jadis pieds nus sur le sable d'Egypte, s'est transformé en un homme d'affaires impitoyable et omnipotent, aux coups de gueule puissants et redoutés, à la volonté inflexible, à la réussite insolente, à la ruse inquiétante et surtout aux relations bien trop encombrantes au goût de l'establishment anglais. Ce même establishment dont il cherche à tout prix la reconnaissance dans une espèce de quête quasi désespérée. Cet establishment qui le boude dédaigneusement, autant par snobisme que par racisme car, dans les clubs bien pensants et très fermés de la verte Albion, un arabe milliardaire demeure un arabe... une mésalliance insoutenable...

Dans ce climat, la passion qui naît entre son fils unique et la mère du futur roi est pour lui la plus douce et surtout, la plus inattendue des revanches contre un gouvernement auquel il a tout donné pour se faire admettre, mais qui continue néanmoins à lui refuser, ultime insulte à son passé et à son père, le passeport dont il rêvait étant enfant.

 

Vous croyez bien sûr qu'il s'agit là d'un nouvel ouvrage sur la Princesse Diana et... les autres... Point du tout! Je viens de vous présenter : Lady Rose, Duchesse de Clarence, Samir Al Charouk et Tarek Al Charouk, tous trois personnages clefs du deuxième roman de Stéphane Marchand, « L'Egyptien » publié aux Éditions J-C Lattès.

Il est vrai que l'apparence est trompeuse car les coïncidences sont bien trop nombreuses pour que l'on ne puisse pas y voir des ressemblances flagrantes avec des personnes ayant existé...

Mais l'auteur ne paraît même pas s'en défendre et il semble peu lui importer que l'on puisse penser qu'une histoire douloureusement vraie a rencontré ici la fiction de son oeuvre.

Mise à part ce calque presque parfait (et ce, en dépit des noms de personnes et de lieux qui ont été changés, et des événements qui ont été modifiés ou déplacés dans le temps et dans l'espace)..., Stéphane Marchand nous livre un roman bien ficelé dont l'intrigue soutenue retient rapidement notre attention, et ce d'autant plus qu'au fil des pages, une question insidieuse s'est glissée dans notre esprit jusqu'à en devenir presque lancinante, voire même obsédante : Et si c'était vrai?

Vous vous poserez la question comme certainement tous les lecteurs de ce livre : un jour peut-être saurons-nous si la fiction du livre de Stéphane Marchand a rejoint dans l'horreur la réalité parisienne de l'autre histoire, bien vraie celle-là...

Terrorisme international de fanatiques islamistes, trafiquants d'armes de haut vol, vengeance sordide entre hommes d'affaires peu scrupuleux, règlements de compte impitoyable entre États... les événements se bousculent, les pistes se multiplient, le destin de Lady Rose et de Samir al Charouk tisse inexorablement sa toile.

Et si l'auteur avait eu connaissance de détails encore inconnus du grand public : n'est-il pas après tout grand reporter au Figaro, un des plus importants quotidiens nationaux français?

« L'Égyptien » de Stéphane Marchand, un livre agréable à lire, un bon roman à emporter en vacances ou à lire lors du prochain week-end pluvieux.

L'Égyptien
Stéphane Marchand
328 pages (1998)
Éditions J-C Lattès

© Alexandra S. Holstein
Montréal, 1999