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Entrevue avec Gérald Messadié
ALEXANDRA S. HOLSTEIN : Javoue
avoir été agréablement surprise, car jai lu les deux tomes de votre Moïse
comme une épopée moderne, sans jamais ressentir la moindre seconde dennui.
Mais à lissue de cette lecture, je me suis posée de nombreuses questions. Vous êtes né au Caire, vous avez vécu en Haute Egypte
pendant de nombreuses années et vous avez également fait des études en
langues orientales. Vous êtes, Monsieur Messadié, visiblement très attaché
à cette terre dEgypte, et à cette terre du Moyen-Orient à laquelle bon
nombre de vos livres se rattachent. Est-ce que ce sont vos origines de
naissance qui vous ont fait vous intéresser tout particulièrement à lhistoire
de lAntiquité égyptienne et palestinienne ? GÉRALD MESSADIÉ : Le
fait davoir vécu toute mon enfance en Egypte a certainement laissé de
grandes traces, mais ce nest pas la raison. La raison est une réflexion sur
lhistoire des religions et des civilisations qui a commencé il y a plus de
trente ans. On arrive inévitablement au bout de tonnes et de milliers dheures
de lecture parfois passionnante, parfois moins passionnante, à des synthèses. On se rend compte alors que le monde moderne a été
extrêmement marqué par le monothéisme et que Moise est la personne qui a
mis au monde le vrai monothéisme. Tout dabord, pour la première fois dans lhistoire
des civilisations, on voit apparaître la notion dun dieu quon ne peut pas
décrire, quon ne peut pas représenter, qui est un dieu inéffable et
donc fatalement intériorisé, car puisque vous ne pouvez pas le représenter,
vous ne pouvez lavoir quen vous. Cest une révolution dont nous
continuons à vivre les effets. «
Abraham a laissé à son peuple lidée dun dieu unique. Mais, cest
Moïse qui a créé le monothéisme tel que nous le connaissons. » Ensuite, Moïse rompt une suggestion, un fatalisme humain,
qui faisait de nous les objets du hasard, dun hasard très souvent
malveillant. Moïse tient aux Juifs un discours dont on ne mesure pas la portée
parce que lhabitude émousse beaucoup les choses. Il leur dit : «Dieu est
avec vous et il vous aidera à briser votre sujétion; si Dieu est avec vous,
vous êtes libres». Cest la première fois quon dit ça. Or qui dit
cela? Ce nest pas Abraham. Abraham ne nous a pas laissé de traces écrites,
mais seulement le souvenir de ses récits, très probablement reconstitués et
romancés. Abraham a laissé à son peuple lidée dun dieu unique.
Mais, cest Moïse qui a créé le monothéisme tel que nous le connaissons. ASH : ... doù le fait
que vous disiez que Moïse est le fondateur du monde moderne.... GM : Voilà...il y a
probablement deux grands fondateurs, Il y a lui et il y a Jésus. ASH : On vous connaissait
avec « LHomme qui devint Dieu »... mais, comment vous est venue lidée
de vous attaquez à Moïse, au mythe Moise. Comment vous est venue cette idée dabattre
les non-sens et les contre-sens quil y avait dans les textes bibliques au
sujet de ce personnage tellement mythique, mais qui pourtant, à lissue de
vos deux tomes, devient tellement humain, quil en est profondément
attachant. Et dailleurs, lon sent bien que vous y êtes attaché.... GM : oui... ASH : ... au fil des pages,
il y a une admiration affectueuse... GM : Jai une
admiration violente et affectueuse effectivement. Notre vie est commandée par
les mythes. Mais, les mythes ont ce défaut, qui est lenvers de leur
qualité, cest quils sappauvrissent. Il y a énormément de mythes
profonds dans le monde antique; que ce soit la Grèce ou lÉgypte ou dautres,
qui ont fini par suser et qui ne représentent plus rien. Pour beaucoup de contemporains, Moïse était devenu quelque
chose dà peu près irréel, qui navait plus grand sens. Bien sûr, cétait
le prophète qui avait fait sortir les Hébreux dÉgypte... Mais on en était
resté à une espèce de bande dessinée ou à un demi-fou hollywoodien qui
avait finalement vidé et le personnage et son histoire de leur contenu
véritable. On ne nous a pas enseigné à lécole la révolution faite par
Moïse. On ne nous a pas précisé ce qui avait existé avant Moïse. On dit souvent que je suis un provocateur, un
contestataire, un démythificateur.... on le dit dune manière négative,
parce que je contrarie les traditions, alors quau contraire je leur rends
je crois jessaye de leur rendre leur vie, jessaye de leur rendre leur
vérité. Jessaye au contraire de rappeler combien ces deux
personnages sont présents dans nos vies : Jésus, en dépit des déformations
que malheureusement son enseignement a subies et, Moïse, en dépit des
banalités épouvantables qui sont déversées et qui continuent dêtre
déversées sur lui. On en a fait quasiment une abstraction. Beaucoup de lecteurs
mont dit : «mais on avait presque pensé que cétait une invention»
En fait, Moïse vivait dans des temps tellement reculés que lon ny croit
pas beaucoup. Tous les faits que le Pentateuque nous rapportait dune manière
fatalement agéographique, extrêmement romancée, finissaient par nous
paraître suspects, comme la fameuse traversée de la Mer Rouge quon vous
représente toujours à la manière dHollywood : Moïse levant les mains et
les eaux se séparant.... Des représentations qui finissaient par devenir
ridicules, et je dirai même à la fin nocives. « Cest
le mythe qui est Car cest le mythe qui est destructeur, pas lHistoire.
Moi, je fais un travail dhistorien. En tant quhistorien, on ne consacre
pas des centaines dheures de sa vie à un travail si on nest pas
enthousiaste. Je pense que je suis plutôt constructeur. Certes, cela va gêner
les gens qui sont attachés à leurs traditions, je ny peux rien. Je
contrarie toujours quelquun et comme disait La Fontaine : « Est bien fou
celui qui veut contenter, tout le monde, le meunier, son fils et lâne ». ASH : Lorsque je lis un de
vos livres, vous me faites penser à un archéologue qui trouve un magnifique
artéfact remontant à lAntiquité, mais tellement déformé par une gangue
de sédiments quil ne ressemble finalement à plus rien. Puis vous lattaquez
avec votre maillet et vous faites éclater la gangue.... Avec votre Moïse vous
avez dégagé quelque chose de magnifique et dinattendu, mais ce faisant,
vous avez bousculé, je lavoue pas mal de choses apprises dans notre enfance,
mais bousculé avec intérêt.... GM : ... tendresse... ASH : ... En fait, jai
découvert un Moïse que je ne connaissais pas. Un Moïse dont on ne nous avait
finalement jamais raconté la vraie histoire. Je me suis alors souvenue que vous aimiez énormément une
des formules chères au philosophe italien Benedetto Croce qui dit que « Toute
histoire est roman et tout roman histoire», et effectivement vous êtes arrivé
à défricher le mythe «
GM : Oui et on ne fait aucun travail de manière profitable si on le fait pas de manière créative. Même lanalyse est créative... créatrice. Si on fait un travail avec passion, en y étant voué, on enrichit les gens.
GM : ... oui... tout à fait.... il lest parfaitement, cest vrai... Certes les circonstances ont profondément changé, il na plus personne à sortir de lesclavage égyptien. Mais il reste en effet, tout à fait moderne, et je dis souvent que ce quil y a avant tout chez Moïse, cest la splendeur des prophètes... des très grands prophètes.... Si vous souhaitez inviter un compagnon merveilleux à dîner à la fois en hommage et pour vous enrichir le coeur, il y a très très peu de gens que vous avez envie dinviter. On ne va pas inviter Apollon qui est un emmerdeur. On ne va pas inviter Dionysos qui est un dieu très cruel et on sait très bien comment cela va se terminer.... Vous nallez pas inviter les pères de lÉglise, car ils sont dun fanatisme épouvantable. Mais, sil consent à venir, vous pouvez inviter Moïse en étant certaine que vous allez sortir irradiée. Vous pouvez certainement inviter Jésus qui viendra et qui vous enrichira tout le reste de votre vie comme il a enrichi le commencement. ASH : Est-ce à dire monsieur Messadié quil faut être croyant pour comprendre votre livre? Pensez-vous que les non-croyants vont sortir irradiés de cette lecture?
GM : Oui, oui, je pense. Enfin je ne sais pas... Sil y a chez eux une ouverture desprit, une bonne foi. Dabord, il faudrait être prudent quand on se sert de mots aussi lourds que croyants. Il faut dire quil y a beaucoup de gens qui ont un besoin de croire à quelque chose qui est beaucoup plus profond, plus grave et plus haut queux. Quelle que soit la religion, on peut être croyant en dehors des corps constitués, des institutions. On me demande souvent : « Comment pouvez-vous dire que vous êtes croyant, alors que vous ne croyez pas à la résurection de Jésus-Christ, mais cest complètement insensé! ». Alors je réponds : « pour vous, croyant, ça veut donc dire exclusivement catholique, allant faire ses Pâques et se confessant? On ne croit pas à Dieu si on ne croit pas à lÉglise? Mais vous avez complétement substitué le contenu pour le contenant». Cest une des aberrations intellectuelles les plus étonnantes de notre temps. On a identifié lÉglise à la foi, lÉglise, enfin les corps constitués... cest quand même Jésus qui a dit : « Ce temple, je peux le détruire et le rebâtir en trois jours ». Ce qui voulait déjà dire que Dieu est en chacun de nous.. Doù ses invectives contre les prêtres. Je me suis dit, jai fait un livre que Jésus pourrait lire et quil comprendrait. Oh, je sais quil y aura des gens qui me diront : «mais les croyants ne malmènent pas comme ça les dogmes, les traditions...» Je dis, oui il faut malmener les dogmes. Les Juifs ont une école dinterprétation de la Loi qui est un de leurs plus beaux cadeaux aux cultures du monde, montrant ainsi que la Loi doit être interprétée, car lêtre humain est variable et les circonstances sont variables. Il faut secouer les traditions. Comme le dit Jésus, il ne faut pas sen tenir encore une fois à la lettre, il faut sen tenir à lesprit. Il faut chercher lesprit.... ASH : ... un livre préfacé par Jésus.... GM : ... ça cest beaucoup dire. Mais il est vrai que je me suis souvent dit que Jésus je dis vraiment Jésus, pas le Jésus des bondieuseries, mais le Jésus violent, extrêmement connaisseur de lâme humaine que jai beaucoup fréquenté et que je fréquente beaucoup... Je me suis souvent demandé : «si Jésus lisait le livre, quen penserait-il?» Et je me dis, maintenant : «et bien il ne serait pas fâché....!» ASH : Vous avez été, monsieur Messadié, pendant des années rédacteur en chef du magazine Sciences et Vie. Je suppose que cela a dû vous aider dans votre travail de recherche et danalyse.... ? GM : Énormément.. Le travail que je faisais à Sciences et Vie consistait à prendre des informations qui étaient volontairement rédigées dans une langue impénétrable par les savants qui ne souhaitent pas que nimporte qui puissent les lire et à aller leur demander ce quils avaient ainsi voulu dire. Javais vocation dexpliquer au public des choses que les spécialistes ne veulent pas que le public sache. ASH : Donc cela vous a servi...? GM : Beaucoup. Trente-sept ans de journalisme scientifique et de vrai journalisme actif car ce nétait pas une mise en forme superficielle, cétait un journalisme dinvestigation, denquête, de remise en question permanente cela vous donne des méthodes de travail, un esprit de synthèse et un sens de la recherche... Vous ne vous arrêtez jamais à une information... vous la contrôlez quinze fois. Vous allez vérifier et vous avez très souvent des surprises. De recoupement, en recoupement, on finit par arriver à quelque chose d'à peu près potable. ASH : Est-ce que vous pensez que ce travail de mise en forme au niveau de Sciences et Vie, a fait naître en vous, ce côté investigateur ou est-ce que vous laviez déjà avant? GM : Oui, ça la certainement développé. Jai beaucoup appris. Jai été pendant 25 ans rédacteur en chef de Sciences et Vie, et ça ma appris à me méfier de moi-même, à ne rien prendre pour acquis, interroger les gens, tout vérifier et ça a développé cet esprit chez moi. On me dit vous êtes rationnaliste. Non, je ne suis pas rationnaliste, je suis rationnel. On me dit : « Messadié, vous ne respectez rien.... ». Écoutez, je ne vais pas respecter une théorie scientifique outre mesure, cest un instrument qui permet davancer dans la recherche, de formuler une hypothèse et différentes vérifications dhypothèses de façon à enrichir votre savoir Jai toujours eu cet esprit de recherche... Je naime pas les dogmes. Un dogme, cest fait par un être humain et il ny a pas de dogme à avoir. Tout ce qui est vivant, est imprévu. Il en va de même du savoir. Je nai pas fait un Moïse, je nai pas reçu le Moïse gravé sur de la pierre, Non, jai fait un travail que je pense honnête, chaleureux, ouvert et mais ... il est très possible quon fasse mieux. Mais, enfin jai été le premier depuis je ne sais pas combien de centaines dannées à faire un Moïse pour le public. ASH : Je suppose que les notes particulièrement intéressantes que nous avons en fin de livre, ne sont que la partie visible de liceberg et que votre éditeur vous a demandé de vous censurer.... à tout le moins de vous limiter... GM : Comme toujours.... ASH : Il y avait combien de pages de notes, trois ou quatre tomes supplémentaires? GM : Non, jai un peu pris lhabitude de me contrôler. On va très loin, très très loin : quand je commence à faire un travail, je me dis on ne peut pas infliger au public des pavés de 1000 pages, déjà on a coupé celui-ci en deux tomes Les trois quarts des livres que je fais dans ce registre font pas très loin de 1000 pages. Les premiers temps, il y a eu des scènes assez orageuses avec les éditeurs. Alors là, je me restreins en me disant que je me servirai de ces notes pour faire autre chose. Il y a ici beaucoup de choses que je nai pas mises dans le Moïse, mais que je vais mettre dans le livre que je suis en train de faire et qui est une «Histoire générale de lantisémitisme». Comme le reconnaissent les historiens de lantisémitisme, presque tous les livres sur la question sont écrits par des Juifs, enfin la très grande majorité. Étant entièrement chrétien, catholique romain par mon père et protestant par ma mère, je me suis senti moi le devoir de donner une autre vision, et elle est complètement différente, mais complètement différente.... Je vais dailleurs demain à New York interroger justement sur lhistoire de lantisémitisme, un historien que jaime énormément. Il y a en effet plein didées sur le Judaïsme que je nai pas pu mettre dans le Moïse. ASH : Quest-ce qui vous a fait choisir la forme romanesque plutôt que la forme dune biographie historique? Pourquoi avoir choisi ce genre là plutôt quun autre? GM : Premièrement, cest que jen ai assez de cette distinction complètement pédante entre la biographie historique et le roman. La biographie historique académique qui se présente comme un travail voulu sérieux : « on va pas faire du roman ». Et le roman dont on dit : « ah oui, cest limagination » .... bien non, pas du tout... cest une vision de pédants et de snobs.. Je ne suis pas snob, je ne veux pas être snob, je ne souffre pas les snobs. Il y a énormément de ces travaux académiques qui se présentent sous des dehors austères qui sont aussi aléatoires que des romans, que des romans dimagination. Deuxièmement, le roman a une vertu fabuleuse. Il nous met dans des situations qui nous permettent de comprendre le décor, le contexte dun personnage. Quand vous avez décrit la poussière, la température, les femmes et bien vous êtes dans la réalité historique et très près de la psychologie du personnage. On veut épurer lhistoire en enlevant tout cela, mais on saperçoit que cela donne un squelette assez ennuyeux. Quand vous en arrivez à des personnages comme Moïse, on ne sait même pas à quelle époque il a vécu, il est absolument indispensable de refaire ce qui est le non-dit autour dune biographie de personnage contemporain, cest-à-dire de vous représenter comment lon sexprime, comment lon vit, quelles sont les contingences, quelles sont les exigences et cela me paraît absolument indispensable. Je donne les notes, comme cela les gens savent ce que jai trouvé, qui est dailleurs souvent original, car je fais un vrai travail dhistorien. Prenez lhistoire de la Mer des Roseaux. Il ny a pratiquement personne qui connaissait cela, le fait que tous les lacs se succédaient et nen formaient quun seul qui sappelait la Grande Noire. Eh bien tout ça cest du travail, de la recherche et de la vérification. La géographie du Sinaï, les arbres, la manne, le buisson ardent, le déluge détincelles et le sifflement... Je donne à ce sujet une explication, cest la mienne. je ne lai jamais vue ailleurs, mais jy crois. Certes on ne peut jamais être sûr à 100 %, mais je crois que cest la plus pausible sur la base de cette curieuse vérification que donne le Livre de lExode qui est celle du sifflement du son dune trompe. Lorsque vous soufflez dans une corne de bélier, vous avez un sifflement. Cela ressemble beaucoup au sifflement des V 2 qui ont été entendus au sud de lAngleterre pendant la guerre de 39-45... Ce nest donc pas un volcan. ... Premièrement, quand on lit la description du Sinaï qui prend feu: cétait un volcan. Or jai fait des recherches... et les recherches en vulcanologie sont formelles : il ny a jamais eu dactivité volcanique dans le Sinaï. Deuxièment dans le cas, dun volcan, les gens senfuient, ils ne courrent pas vers le volcan. Troisièmement, un volcan ne siffle pas. Ce sifflement qui a dû les marquer, cest celui qui a été décrit lorsque la météorite Podkamennaya Toungouska a survolé la Sibérie avec une tangente très basse avant dincendier des forêts entières et dexploser. Il sagit donc ici dune météorite probablement de plus petite taille : effectivement, une météorite siffle en rentrant dans latmosphère. Cest donc un travail complétement original, je nai jamais entendu cela nulle part. Jai repris les travaux du professeur Anati qui situe lui, le vrai Sinaï, qui, comme il le dit très justement, doit être accessible à pied. Alors que les autres ne sont pas accessibles à pied. Et qui colle avec lintinéraire suivi par les Hébreux au sortir dÉgypte. Alors vous voyez, on nest pas aussi démuni quon ne croit. Car pour expliquer lhistoire du mont Sinaï, vous avez les vecteurs suivants : litinéraire, la description et le fait que cela doit être relativement assez proche du lieu dans le désert où Moïse a vu le buisson ardent et effectivement, cest bien Har Karkom qui est excentrique. Alors pour tout, comme cela, vous faites des recoupements. ASH : En ce qui concerne la filiation de Moïse, cest une idée originale là encore. Comme sans doute beaucoup de vos lecteurs, jen étais restée au petit berceau flottant sur les eaux du Nil et à un Moïse hébreux. Est-ce que cest suite à vos recherches que vous en êtes arrivé à cette version, car vous êtes conscient que jamais un hébreux 100% naurait pu atteindre un tel niveau de pouvoir dans la Cour de Séti Ier ou parce que vous avez quand même trouvé des preuves ou des simili-preuves quil était un petit-fils du pharaon? Ou bien est-ce par pure déduction....
GM : Je suis parti dun certain nombre de faits. Premièrement, aucune mère naurait mis un berceau dans le Nil, parce que le Nil était un endroit avec de forts courants, où il y avait, il y a des crocodiles. De plus, autour de Memphis jadis comme aujourdhui, Dieu sait que je connais lÉgypte il y a la nuit des mulots gigantesques qui mangent tout. Un bébé dans un berceau aurait été mangé vivant et personne de la région ne peut ignorer cela. Deuxièmement, le contexte de la découverte du berceau est absurde. Il a rejeté lExode au rang des fables. La fille de pharaon descendant se baigner au Nil suivie de ses suivantes .... Les pharaons avaient des tas de filles, ils avaient en fait des tas denfants. La mortalité infantile étant très très grande, ils avaient un nombre maximum de concubines, car au-delà du plaisir quils éprouvaient, il y avait la nécessité de sassurer une descendance. Ramsès II a eu 80 enfants dont on a retrouvé les tombes il y a trois ans. Troisièmement, les princesses ne se baignaient pas dans le Nil qui était sale, hier comme aujourdhui, il était encore plus limoneux, et elles avaient des salles de bains. Nous savons de manière archéologique et égyptologique formelle, quil y avait des salles de bains en Égypte et que les classes aisées et à plus forte raison, les pharaons se baignaient dans des salles deau avec de leau propre, filtrée par bancs de sable. Donc la princesse qui descend au Nil et trouve miraculeusement ce berceau, excusez-moi, cest un déguisement pour une autre vérité. La princesse recueille ce bébé, elle sait quil est juif. Je voudrais savoir comment elle aurait su quil était juif. On a dit quil était circoncis. Je réponds à cela que je suis un peu contrarié parce que la circoncision était pratiquée en Égypte depuis 2300 ans avant notre ère, et quun bébé mâle circoncis nindiquait rien du tout. Ensuite, je serais un peu étonné que la princesse ramène au palais un premier-né hébreux alors que papa vient de décider que justement il nen y aurait pas et vient dordonner de les tuer tous. Enfin, elle laurait appelé Moïse. Or, Moïse est un nom qui nexiste pas. Les princesses égyptiennes ne parlaient pas hébreu donc la fille de Séti Ier navait aucune raison de lui donner un nom hébreu et à plus forte raison, un nom qui nexistait pas. Il ny a pas de Moïse avant Moïse. Cest un mot égyptien qui veut dire « fils de ». On a eu raison de penser que cet enfant na pas été mis dans un berceau, mais quil est le fils de la princesse, dautant plus quelle le garde au palais.... ASH : ... où il a reçu une éducation pharaonique... GM : tout à fait... et dit lExode « quand il fut dâge, il rencontrât son peuple ». Jusquà 14 ans, cest-à-dire la maturité quon célébrait à lépoque à 14 ans, Moïse a bien été élevé au palais du pharaon; il na pas vu les Juifs, il na donc pas parlé hébreux... ASH : .. il était vraiment élevé comme un membre de la famille du pharaon
GM : Absolument... Et puis, cest également dans lExode : Moïse devient un grand personnage au royaume dÉgypte. Cétait donc un sujet brillant et il a eu la protection royale. Jai imaginé comme je sais que cétait les pharaons qui faisaient les promotions que cétait Séti ou Ramsès, et plus probablement Séti, Ramsès nétant encore que régent qui lavait promu. Voilà un certain nombre déléments qui me permettent de dire que Moise a grandi comme un égyptien et quil faisait partie de laristocratie, quil faisait partie du palais, il faisait partie de la famille royale... On me dit oui, mais Joseph aussi a eu un rôle important en Égypte. Les Juifs sont arrivés en Égypte au XVIIe-XVIIIe siècle avec les Hyksos qui étaient également des Apirous, cest-à-dire des gens du désert, des nomades qui ont occupé lÉgypte. Les Juifs et les Hyksos parlaient la même langue, se connaissaient très bien, et un jeune homme juif pouvait effectivement faire carrière à la cour des Hyksos. Car cétait des gens extrêmement proches qui parlaient la même langue. Mais quand les Hyksos ont été chassés dÉgypte, ce nétait plus possible. Les Hébreux ont été tenus en sujétion et considérés comme citoyens de seconde classe. Donc il nétait plus possible à un Hébreux de faire carrière à la Cour. Ce nétait pas possible, on nen a aucun exemple. Il y a un seul personnage qui ait un peu monté en grade, il sagit dun échanson de Aménophis III, mais il navait été quéchanson et jamais grand personnage au royaume dÉgypte. En ce qui concerne la filiation de Moïse, il y a un consensus général chez les historiens, pour reconnaître que Moïse est un égyptien : pour Freud, il est égyptien; pour des historiens beaucoup plus récents, il est égyptien. Cest un égyptien hors série. Cest un égyptien avec du sang juif, puisque son père est hébreux, et il a quand même grandi au palais. Vous avez un détail très étonnant : quand Dieu lui a parlé dans le buisson ardent je ne lai pas mis aussi violemment dans mon livre, je le mets là Il lui dit «va dire cela à mon peuple» et Moïse lui répond «comment pourrais-je leur parler, je ne sais pas parler». Alors à moins dêtre aphasique, et la suite prouve quil nest vraiment pas aphasique, cela veut dire simplement : je ne parle pas lhébreux. Cest pour cela quil a besoin dAaron pour parler à son peuple. ASH : Donc effectivement votre théorie est une théorie tout à fait plausible. GM : Elle est plausible.... Mais je ne prétends surtout pas avoir la science infuse. Entrevue réalisée par Alexandra S. Holstein © Alexandra S.
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