Sauver Ispahan

Jean-Christophe Rufin a eu la brillante idée de faire revivre ses merveilleux personnages de l'Abyssin, son roman précédent.  Et c'est avec un immense bonheur que j'y retrouvais Jean-Baptiste Poncet, et sa femme Alix, mais vingt ans après les péripéties de leur dernière aventure.  Jean-Baptiste est maintenant un homme prospère et pratique toujours son métier d'apothicaire. Dans sa nouvelle ville, on le respecte énormément.  Ses sages conseils sont considérés avec beaucoup de sérieux par les autorités.

La vie se déroule sans trop d'embûches pour cet homme, jusqu'au jour où une jeune femme le réclame. Cette femme est faite prisonnière et elle est à la recherche de Jean-Baptiste.  Celui-ci doit se rendre à la prison pour l'identifier mais quelle n'est pas sa surprise de constater qu'il s'agit de Françoise, son ancienne voisine.  À la fin du roman l'Abyssin, elle avait aidé l'apothicaire à fuir avec sa bien-aimée.  Françoise, de son côté, avait parcouru le monde jusqu'en France avec Juremi, le fidèle ami de Jean-Baptiste.  Elle informe Jean-Baptiste que Juremi court un danger et qu'il faut tenter de le protéger. En retour, Jean-Baptiste tente de la délivrer de cette fâcheuse position de prisonnière, car les autorités menacent de la décapiter.  C'est pour la sauver de la mort que Jean-Baptiste décide de raconter un mensonge...d'où le commencement de l'histoire.

Il prend donc la décision de partir à la recherche de son meilleur ami. Pendant son périple, la vie de Jean-Baptiste vivra des mésaventures et il fera la rencontre de personnages assez éloquents... On a l'impression en lisant ce roman d'être au coeur d'Ali BaBa... Jean-Christophe Rufin nous trempe dans cette galère peu ordinaire.  C'est une écriture à l'humour bien particulier, fait avec beaucoup d'intelligence et de clins d'oeil inoubliables.  Je verrais facilement certaines scènes sur grand écran...

La conclusion est faite de rebondissements, et il est intéressant de lire la note de l'auteur à la toute fin. Il nous explique la différence entre l'Histoire (réelle) et l'autre (réelle mais imaginaire). Rufin spécifie que ces deux volumes se situent dans la deuxième catégorie car "elle est là pour fixer les bornes, des repères solides, entre lesquels l'imaginaire se donne carrière". J'adore.... Naturellement, je vous recommande de lire l'Abyssin avant, car on y retrouve de nombreux personnages et références. Idéalement, ce serait de les lire l'un après l'autre pour bien s'imprégner de cet environnement si plaisant à découvrir.  C'est le genre de roman qui nous laisse des images de certaines scènes dans la tête, mais également dans nos coeurs.

Sauver Ispahan
Jean-Christophe Rufin
Gallimard, 1998
511 pages

© Josée Corriveau
Montréal, 1998