L'essentiel du
rapport Kenneth Starr
Il est vrai quun tel acharnement na vraiment rien de surprenant dans une société hypocritement vertueuse où la peur doffenser est érigée en culte... une société où le moindre dérapage verbal dû à un esprit caustique aux réparties un peu trop aiguisées est vite considéré comme une véritable agression... une société où la plus légère tape amicale sur lépaule dune collègue de bureau peut facilement être assimilée à du harcèlement sexuel et vous transformer du même coup en satyre. En revanche, au moment même où des drames éclatent aux quatre coins de la planète, on est en droit de se demander sil est raisonnable de gaspiller autant dargent et autant dénergie pour humilier un homme dans ce quil a de plus personnel : sa vie privée... un homme toujours considéré dailleurs pas ses concitoyens comme un excellent Président, puisquen effet à lheure où la mise en accusation du 42e Président des États-Unis fait la une un peu partout dans le monde, 72 % des américains continuent dapprouver la politique de William Jefferson Clinton et 66 % des personnes interrogées considèrent que sa démission serait une mauvaise chose pour leur pays. Mais un tel comportement ne peut manquer de déconcerter nos cousins français qui, aux cours des décennies écoulées, auraient perdu bon nombre de leurs présidents en cours de mandat, sils avaient fait preuve de la même frilosité politiquement correcte. Il est vrai que dans lHexagone, les débordements privés des dirigeants et des leaders politiques restent dans le domaine de ces petites histoires qui entrent dans lHistoire par la porte de lanecdote. Au pays dHenri IV, surnommé le Vert Galant, les incartades intimes ne sont pas considérées comme portant atteinte aux qualités intrinsèques de lhomme public et lon ne mélange pas la vie privée et la vie publique. Face aux brûlants secrets dalcôves, la République observe une position saine qui lui permet de conserver une sereine sagesse et lui évite ainsi de devenir lotage de la bagatelle. Cest dans ce contexte fait de perplexité mi-amusée, mi-agacée, que la maison dédition française LPM (Les Presses du Management) nous présente les extraits les plus significatifs de ce rapport maudit, fruit de quatre années de recherche obstinée au coût de plus de dix millions de dollars. Léditeur nous précise dentrée de jeu quil nest pas question pour lui de porter un quelconque jugement sur le bien fondé du travail de Kenneth Starr. Huguette Maure qui, dans sa préface, sétonne certes du politiquement correct sévissant Outre-Atlantique, souligne néanmoins que si lauteur du rapport a eu connaissance de tous ces détails croustillants, cest simplement parce quon les lui a complaisamment donnés. Même si elle aussi nentend pas prendre position sur le bien-fondé de lopération, la lecture entre les lignes de sa préface nous laisse deviner sans peine quel est son état desprit face à ce déchaînement tous azimuts. Escorte de luxe dont une des règles du code dhonneur demeure la discrétion ou Lolita vantarde : une chose est claire pour elle, un président devrait y réfléchir à deux fois avant de choisir sa partenaire dun soir. Lintérêt de ce petit livre de 143 pages réside non pas dans le rappel des faits reprochés au Président Clinton, mais bien dans lexposé clair et détaillé des onze motifs de destitution et dans le texte de la réplique (motif par motif) que les avocats de la Maison-Blanche ont déposée le 15 septembre 1998. Un livre qui demeure plus que jamais dactualité compte tenu des derniers rebondissements de cette banale affaire privée devenue une sordide affaire détat. Un livre qui devrait surtout nous amener, nous, les nord-américains, à réfléchir très sérieusement non pas sur le bien-fondé du rapport Kenneth Starr, mais sur le dérapage insensé qui la engendré. La société née du politiquement correcte serait-elle devenue folle? © Alexandra
S. Holstein |