LA SOCIÉTÉ DU POLITIQUEMENT CORRECT
SERAIT-ELLE DEVENUE FOLLE
EN CETTE FIN DE SIÈCLE ?

Si j’ai tenu à faire figurer l’article suivant dans cette rubrique, ce n’est pas — loin s’en faut — parce que j’ai eu un coup de coeur pour le rapport de Kenneth Starr, mais bien uniquement parce que, tout au contraire, j’ai eu à la lecture de son « essentiel », un véritable COUP DE RAGE…

Ce rapport est le fruit du dérapage insensé d’une société nord-américaine hypocritement vertueuse, devenue bien trop lisse et insipide depuis que le politiquement correct y est érigé en philosophie de vie.

À vous lecteurs internautes, habitant des pays non encore atteints par ce virus de fin de siècle, qu’est le politiquement correct, je dédie bien modestement ces quelques lignes.

Quant à nous, lecteurs internautes nord-américains, puissent-elles nous faire réfléchir sur les effets pervers de notre société à l’aube du nouveau millénaire.

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2000

 

L'essentiel du rapport Kenneth Starr

Face à une société nord-américaine devenue bien trop lisse et le plus souvent insipide depuis que le politiquement correct y règne en maître quasi absolu, le reste du monde, de plus en plus éberlué, assiste depuis près d’un an, à une véritable chasse aux sorcières tout droit sortie du fond des âges.

Il est vrai qu’un tel acharnement n’a vraiment rien de surprenant dans une société hypocritement vertueuse où la peur d’offenser est érigée en culte... une société où le moindre dérapage verbal dû à un esprit caustique aux réparties un peu trop aiguisées est vite considéré comme une véritable agression... une société où la plus légère tape amicale sur l’épaule d’une collègue de bureau peut facilement être assimilée à du harcèlement sexuel et vous transformer du même coup en satyre.

En revanche, au moment même où des drames éclatent aux quatre coins de la planète, on est en droit de se demander s’il est raisonnable de gaspiller autant d’argent et autant d’énergie pour humilier un homme dans ce qu’il a de plus personnel : sa vie privée... un homme toujours considéré d’ailleurs pas ses concitoyens comme un excellent Président, puisqu’en effet à l’heure où la mise en accusation du 42e Président des États-Unis fait la une un peu partout dans le monde, 72 % des américains continuent d’approuver la politique de William Jefferson Clinton et 66 % des personnes interrogées considèrent que sa démission serait une mauvaise chose pour leur pays.

Mais un tel comportement ne peut manquer de déconcerter nos cousins français qui, aux cours des décennies écoulées, auraient perdu bon nombre de leurs présidents en cours de mandat, s’ils avaient fait preuve de la même frilosité politiquement correcte. Il est vrai que dans l’Hexagone, les débordements privés des dirigeants et des leaders politiques restent dans le domaine de ces petites histoires qui entrent dans l’Histoire par la porte de l’anecdote. Au pays d’Henri IV, surnommé le Vert Galant, les incartades intimes ne sont pas considérées comme portant atteinte aux qualités intrinsèques de l’homme public et l’on ne mélange pas la vie privée et la vie publique. Face aux brûlants secrets d’alcôves, la République observe une position saine qui lui permet de conserver une sereine sagesse et lui évite ainsi de devenir l’otage de la bagatelle.

C’est dans ce contexte fait de perplexité mi-amusée, mi-agacée, que la maison d’édition française LPM (Les Presses du Management) nous présente les extraits les plus significatifs de ce rapport maudit, fruit de quatre années de recherche obstinée au coût de plus de dix millions de dollars.

L’éditeur nous précise d’entrée de jeu qu’il n’est pas question pour lui de porter un quelconque jugement sur le bien fondé du travail de Kenneth Starr. Huguette Maure qui, dans sa préface, s’étonne certes du politiquement correct sévissant Outre-Atlantique, souligne néanmoins que si l’auteur du rapport a eu connaissance de tous ces détails croustillants, c’est simplement parce qu’on les lui a complaisamment donnés. Même si elle aussi n’entend pas prendre position sur le bien-fondé de l’opération, la lecture entre les lignes de sa préface nous laisse deviner sans peine quel est son état d’esprit face à ce déchaînement tous azimuts.

Escorte de luxe dont une des règles du code d’honneur demeure la discrétion ou Lolita vantarde : une chose est claire pour elle, un président devrait y réfléchir à deux fois avant de choisir sa partenaire d’un soir.

L’intérêt de ce petit livre de 143 pages réside non pas dans le rappel des faits reprochés au Président Clinton, mais bien dans l’exposé clair et détaillé des onze motifs de destitution et dans le texte de la réplique (motif par motif) que les avocats de la Maison-Blanche ont déposée le 15 septembre 1998.

Un livre qui demeure plus que jamais d’actualité compte tenu des derniers rebondissements de cette banale affaire privée devenue une sordide affaire d’état.

Un livre qui devrait surtout nous amener, nous, les nord-américains, à réfléchir très sérieusement non pas sur le bien-fondé du rapport Kenneth Starr, mais sur le dérapage insensé qui l’a engendré.

La société née du politiquement correcte serait-elle devenue folle?

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, le 28 décembre 1998