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Les Chacals
La version française vient d'être publiée aux Éditions Ramsay, dans la collection «Nuit Blanche», sous le titre évocateur : «LES CHACALS». Il s'agit là d'un livre sans compromis qui nous décrit sans complaisance, mais avec beaucoup de tendresse, un pays à genoux, si ce n'est déjà à terre. Au fil des pages, on découvre un peuple courageux qui se bat pour avoir des hommes politiques qui parlent vrai, et non plus l'habituelle langue de bois truffée de promesses creuses; un peuple qui se cherche un président qui parle un langage qu'ils comprennent : quelqu'un qui parle un langage de moujik; un peuple attachant qui puise sa dignité au fond de ses souffrances actuelles et passées et qui tire son espoir de sa capacité légendaire à toujours se relever. À quelques mois des élections présidentielles russes, un colonel de la milice, Lev Ivanovitch Gourov, est engagé par un des milliardaires les plus en vue afin de protéger Ioulia, sa fille bien-aimée. Gourov découvrira bientôt que les menaces dont a fait l'objet le richissime homme d'affaires moscovite et sa famille ne sont en fait que les maillons d'un vaste complot tissé dans les plus hautes sphères gouvernementales et visant ni plus ni moins qu'à assassiner le Chef de l'État, Boris Eltsine, «Lui-même». Leonov nous dépeint avec une grande justesse la Russie d'Eltsine, un pays où tout est à vendre au plus offrant. Sur les traces de Gourov, le lecteur va se familiariser avec l'opposition qui existe entre une intelligentsia volontairement obscurantiste et un peuple prêt à se retrousser les manches pour redresser la Sainte Mère Russie. Les magouilles, les privilèges de la nouvelle Nomenklatura, le FSB qui n'est autre que la nouvelle version revue (mais pas corrigée... ou si peu...!) de l'ancien KGB, lui-même héritier direct de la Tchéka de Dzerjinski... Le vertige nous gagne tandis que le rythme s'accélère et le suspense s'épaissit, car on a malheureusement l'impression qu'en Russie, plus ça change et plus c'est pareil. Nicolaï Leonov manie la prose à la manière des auteurs réalistes de la fin du XIXe siècle : son roman policier «LES CHACALS» a pour toile de fond la société russe désabusée d'aujourd'hui et les grands problèmes qui la secouent depuis la chute du communisme, avec le bouleversement de la donne politique et le renversement des rapports de force qui en ont découlé. En effet, comme le dit un proverbe russe : «Le tissu se déchire, là où il est usé.» C'est ainsi entre autres que le lecteur se retrouvera sur le front de Tchéchénie aux côtés d'un jeune soldat qui deviendra suite aux hasards de l'après-guerre, le protégé d'un haut gradé arriviste et corrompu. Le style est vif et efficace, l'humour décapant et l'écriture bouillonnante à l'image des Russes. L'attention du lecteur est tenue en haleine par une histoire soutenue, pleine de réalisme et surtout peuplée de personnages attachants parce qu'ils sonnent vrais! En fait Nicolaï Leonov vient de créer un nouveau genre, le «Thriller social» et je vous incite vivement à plonger sans arrière-pensée au coeur de cette mêlée dont l'enjeu n'est rien de moins que la conquête du pouvoir par le nouveau Tsar des temps modernes... «LES CHACALS»... un livre qui vous surprendra par la qualité de son intrigue... un livre qui vous étonnera par la multiplicité de ses facettes et qui vous rappellera les célèbres poupées russes. On ouvre un roman policier que l'on imaginait comme les autres, mais l'âme russe, puissante et violente, est imprévisible, et on se retrouve au coeur d'un «thriller politico-social» sur fond d'histoire contemporaine.
LES CHACALS © Alexandra S. Holstein |