Le Deuil du Soleil

p15pri98livre.JPG (8289 octets)Madeleine Gagnon se sert d'un fil pour tisser des liens entre le vie et la mort; le fil tendu, le fil qui casse et celui effiloché. Ce livre est un intermède à la vie, un moment où le temps s'arrête et que l'on se met à penser à la VRAIE mort...à celle des autres et à la sienne et, bien entendu, au vide qu'elle crée autour de soi. Un certain désespoir se ressent chez l'auteure, lorsqu'elle écrit: «L'écriture est la dernière prière qui me reste»; elle l'invoque comme un dernier souffle, comme une urgence de s'exprimer. Elle réclame tout haut et fort ce que la vie lui doit.

Son écriture remarquable nous console de toute la tristesse qu'elle décrit. Malgré la profondeur du sujet, le lecteur se laisse bercer par cette mélancolie douce et déchirante à la fois.  La poésie de l'auteure charme par son accessibilité et sa simplicité.   On pourrait dire que les mots se rassemblent tout simplement, s'accordant entre eux, pour créer une symphonie.

Madeleine Gagnon nous parle de ses morts avec amour et sérénité. On suit son cheminement à travers ses réflexions. Le lecteur devient alors intime avec cette femme qui nous fait partager un moment intense de sa vie. Ce que j'aime d'un auteur, c'est lorsqu'il nous souligne les oeuvres de ses confrères. On peut alors les prendre en note et les lire plus tard. Madeleine Gagnon utilise cette formule dans son livre et il est intéressant de connaître ses choix de lecture à différentes périodes de sa vie.

Je trouve la dernière partie du livre très touchante et plus pénible à lire, car elle concerne ses parents. Elle nous parle de sa relation avec son père, ainsi que de la douleur que ce dernier ressent à la perte de sa femme. Cela m'a émue au plus haut point.  Les larmes nous viennent facilement, lorsqu'elle décrit la mort de sa mère... ses derniers souvenirs... ses dernières pensées...

L'auteure fait alors un parallèle et nous entraîne dans ses réflexions, en se demandant pourquoi elle associe toujours la date d'un événement et le temps qu'il faisait. Le temps chronologique et le temps météorologique deviennent alors indissociables. Comme si la température marquait profondément sa vie.

Son dernier chapitre "Désastre" vaut le détour par son récit. Ce livre n'est pas nécessairement une thérapie, mais il est très facile pour le lecteur de le lier à sa propre expérience.  En terminant, Madeleine Gagnon souligne que le point final d'un livre n'est pas la mort, mais qu'il marque plutôt le commencement...  Nous lui souhaitons un bon commencement...

Le Deuil du Soleil
Madeleine Gagnon
VLB Éditeur
179 pages

 © Josée Corriveau
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