L’impératrice d’Irlande

Ce roman de Romain Saint-Cyr a obtenu une mention spéciale du jury du prix Robert-Cliche 2000 et je reconnais volontiers que c’était fort mérité.  En effet, l’audacieuse originalité de L’impératrice d’Irlande réside dans l’imbrication adroite qu’il y a constamment entre faits historiques et pure fiction. 

L’auteur a construit son récit à partir d’un événement tragique et hélas bien réel : le naufrage du transatlantique l’Empress of Ireland qui a sombré en quatorze minutes seulement dans les eaux du Saint-Laurent après avoir été éperonné par un charbonnier norvégien le Stornstad.  Avec ses 1012 victimes, le naufrage de l’Empress of Ireland, dans la nuit du 29 mai 1914, est le plus grand désastre maritime en temps de paix, après celui du Titanic.

Claude Beaupré, le narrateur, est originaire du petit village québécois de Sainte-Luce en face duquel a eu lieu la catastrophe.  Les gens du coin appellent le Saint-Laurent « La Mer » car, à cet endroit précis, le fleuve majestueux a quelques 40 kilomètres de large.  Et ses parents parlaient eux de Sainte-Luce-sur-Mer.

Le jour de son 42e anniversaire, Claude Beaupré qui dans les années 70, a quitté son village natal devenu depuis un lieu de villégiature familiale, décide de retourner voir la maison où il a grandi.  Sitôt dit sitôt fait : ce passionné de la mer prend une journée de congé et se met en route.  À sa grande surprise, la maison de son enfance est occupée par une étrange jeune femme qui pleure en sculptant la figure de proue d’un navire.  Mary Nolan est journaliste et irlandaise : officiellement, elle est à Sainte-Luce pour préparer un article sur le naufrage de l’Empress of Ireland.  En pratique, elle s’acharne à découvrir des informations sur un meurtre commis à cette époque et qui selon elle, serait susceptible d’éclaircir les raisons de la tragédie maritime.

Étonnante rencontre — dans un décor naturel beau et sauvage — entre le narrateur, un passionné de plongée sous-marine qui a visité à plusieurs reprises l’épave du paquebot et la mystérieuse journaliste qui semble obstinément bien résolue à découvrir la vérité sur les causes de cette catastrophe.  Claude Beaupré qui ne semble pas le moins du monde insensible au charme presque suranné de la mystérieuse étrangère, se prend peu à peu au jeu.  Il n’hésite pas à lui prêter main forte dans ses recherches même s’il n’est pas encore parfaitement convaincu de leur bien-fondé.

Au fil des pages, le lecteur glane non seulement des informations sur les divers protagonistes du naufrage mais se sent bientôt envahi par la passion dévorante de Claude Beaupré pour les bâteaux, une passion qu’il avait mis en sommeil depuis quelque temps mais que la rencontre fortuite avec Mary va réveiller. 

Romain Saint-Cyr qui est lui aussi un passionné de navigation, nous offre là un roman original — entre terre et mer, entre histoire maritime et fiction contemporaine — dont le suspense inattendu retiendra toute votre attention.

En effet, quel lien peut-il bien y avoir entre l’Empress of Ireland et le meurtre du jeune Gauthier dont le corps a été découvert sur la grève quelques jours seulement après le naufrage ?  Et surtout, pourquoi huit décennies plus tard, Mary Nolan semble en faire une affaire personnelle ?

Une lecture tout à fait rafraîchissante qui vous fera passer un fort agréable moment. 

L’impératrice d’Irlande
Romain Saint-Cyr
Roman
239 pages – 2001
VLB éditeur

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2001