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LA
DERNIÈRE NUIT
Après celui du Titanic en 1912, le naufrage de l’Empress of Ireland est le plus grand désastre maritime survenu en temps de paix. Il a pourtant sombré dans un oubli collectif contrairement à son prédécesseur d’infortune. L’an dernier à l’occasion de la publication aux éditions JCL de l’excellent livre de James Croall, « 14 minutes – Le naufrage de l'Empress of Ireland, LivresPlus avait consacré à ce paquebot oublié un dossier spécial. Afin d'honorer à notre façon, la mémoire des victimes du naufrage, nous l'avions mis en ligne le 29 mai 2000, soit exactement 86 ans jour pour jour après la tragédie. En effet, tout comme Josée Ouimet, l’auteur de La dernière nuit de l’Empress of Ireland, j’avais envie de faire mieux connaître aux lecteurs de LivresPlus, cet événement maritime historique dans un ultime hommage aux disparus. C’est donc avec grand intérêt que j’ai découvert le tout dernier roman de cet écrivain québécois qui n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai et qui nous offre ici un livre passionnant, à la lecture duquel même les parents prendront plaisir. Josée Ouimet a mis un point d’honneur à respecter scrupuleusement la chronologie des événements de cette nuit tragique et à n’utiliser pour les personnages de son roman, que des noms de personnes ayant réellement embarqué sur le paquebot. Jonathan Hannagan, bientôt quinze ans, et sa soeur Gracie, neuf ans à peine, se réjouissent à l’idée de revoir leurs grands-parents en Irlande. John, leur père, est le premier trombone de la fanfare de l’Armée du Salut dont 170 membres sont à bord afin de se rendre à leur convention de Londres. Lui et son épouse, Ludvina, se sont privés de beaucoup de choses au cours des derniers mois pour réunir le coût de leur traversée en 2e classe. Michael McIntyre — le seul personnage créé de toutes pièces pour les besoins de la fiction — est orphelin de père et de mère. Il part en Irlande retrouver une parente éloignée. Avec ses vêtements usés jusqu’à la trame, il y a peu de doute quant à son statut : il est à n’en pas douter, un passager de 3e classe. Tout le sépare en effet des jeunes aristocrates qu’il croise sur le quai et qui se dandinent dans leurs beaux costumes, au pied de la passerelle. Sa rencontre avec les enfants Hannagan est tout à fait fortuite et il est évident que Jonathan l’a détesté au premier coup d’oeil. En revanche, Gracie est bien décidée quant à elle, à en faire son nouvel ami. Sur les talons d’Alan Newton, premier officier et aide du commandant, le capitaine Henry George Kendall, les trois enfants nous entraînent dans une visite très instructive du grand transatlantique. Des ponts supérieurs jusqu’à l’enfer de la salle des machines, en passant par la cuisine et les portes étanches, la plume dynamique de Josée Ouimet nous sert de guide avisé. Avec précision, l’auteur nous fait vivre ensuite la collision avec le Storstad, un charbonnier norvégien, soudainement surgi de nulle part dans l’épais brouillard qui nappait les eaux du fleuve. Josée Ouimet nous plonge alors dans l’horreur du naufrage et dans le cauchemar des quelques rares survivants, puis dans leur attente angoissée de nouvelles de leurs proches alors que déjà, désespoir et espoir s’entremêlent. Son style est vivant; son écriture efficace et d’une grande justesse. Son texte est fidèle à ce que l’histoire maritime nous a appris de cette catastrophe et il est une parfaite initiation des jeunes à des événements de cette envergure. Au fil des pages, le lecteur (petit ou grand) ne peut que s’attacher aux personnages et craindre maintenant pour leur survie dans les eaux glaciales du Saint-Laurent. Josée Ouimet qui est bien connue dans le domaine de la littérature jeunesse, nous livre ici un véritable scénario de court métrage que je vous invite vivement à découvrir. Un coup de chapeau au passage aux éditions Pierre Tisseyre, pour la qualité et la pertinence de leurs publications dont le catalogue « Jeunesse » nous impressionne chaque fois davantage La
dernière nuit de l’Empress of Ireland ©
Alexandra S. Holstein |