Stanley Péan, original et talentueux :un écrivain à découvrir
Quand on lui demande s’il a retranché ou ajouté quelque chose à la version initiale, il confie : «J’y ai touché certes, mais très parcimonieusement par respect pour le texte d’origine.» Stanley Péan a une double identité culturelle. Il est né à Port-au-Prince, en Haïti, mais quelques mois plus tard, ses parents ont quitté leur île des Caraïbes pour venir s’installer dans la petite ville québécoise de Jonquière. Que représente donc Haïti pour lui? Est-ce «la patrie mythique qui a bercé son enfance» ou plutôt comme semble le suggérer son roman, une «île vénéneuse» que les Haïtiens «traîneraient dans leur exil» ? Lorsqu’on évoque avec lui cette double appartenance — qui est sans aucun doute le fondement de son incontestable originalité en tant qu’auteur— Stanley Péan souligne qu’il lui est bien évidemment totalement impossible de faire abstraction de son héritage culturel familial «Mais entre le Haïti fantasmé de mes parents et ce que l’actualité nous dit de la réalité politique haïtienne, il y a un hiatus tragique.» s’empresse-t-il aussitôt d’ajouter. Mais se considère-t-il
pour autant, à l’image du narrateur de son ouvrage, «Le Tumulte de mon sang»,
comme un «enfant du déracinement n’ayant comme patrie que la littérature»? Une chose est sûre : depuis de très nombreuses années la Littérature tient chez Stanley Péan une place de plus en plus importante et cela, avoue-t-il, sans doute même au grand dam de son entourage ! Littérature et musique sont en effet ses deux grandes passions, même si nécessairement en musique, ajoute-t-il humblement, il se contente d’écouter alors qu’en littérature, son rôle est plus dynamique. Rappelons que cet écrivain bourré de talent est un véritable homme-orchestre. Stanley Péan ne se contente pas d’être un auteur connu des tout petits comme des adolescents ou des adultes, il est aussi journaliste au quotidien montréalais La Presse pour lequel il signe une chronique littéraire hebdomadaire et rédacteur en chef du journal trimestriel Le Libraire distribué gratuitement dans toutes les librairies québécoises indépendantes. Comme si cela ne
suffisait pas à l’occuper, il est aussi, un conférencier prisé tant en Amérique
du Nord qu’en Europe auprès d’un vaste public et siège à la Commission
des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au
Québec. J’ai été particulièrement touchée par la qualité de sa langue et l’intensité de son écriture et je ne lui ai pas caché. Certains passages
du roman, «Le Tumulte de mon sang», ont en effet par leur amplitude, la
savoureuse puissance littéraire de la grande époque romantique.
Cette remarque n’a pas eu l’air d’offusquer notre auteur puisque
tel était son but avec ce titre et qu’il est donc visiblement atteint. Stanley Péan reconnaît avoir voulu rendre hommage à une certaine littérature classique. Il a donc pour cela adopté une forme d’écriture très travaillée, très XIXe siècle, précise-t-il. «J’ai voulu rendre hommage à cette langue somptueuse qui est celle du grand Edgar Poe ou encore, celle plus grande que nature de Jacques Stephen Alexis.» ajoute-t-il. La plupart d’entre nous connaissent le premier, mais pour ceux qui hésiteraient en lisant le nom du second, voilà une passion littéraire que je partage très volontiers avec Stanley Péan. Sachez qu’il s’agit d’un magnifique écrivain trop tôt disparu. En lutte contre l’inacceptable, cet écrivain haïtien, grand créateur littéraire du XXe siècle s’est farouchement dressé, devenant un opposant déterminé à la dictature duvaliériste : Jacques-Stephen Alexis (1922-1961) sera torturé puis assassiné. Poe et Alexis … Deux grands parmi les grands auxquels Stanley Péan dédicace d’ailleurs «Le Tumulte de mon sang». Gageons que s’ils pouvaient le lire, l’un et l’autre ne renieraient pas leur descendant littéraire. Dans cet ouvrage, le narrateur lui-même a la volonté de faire classique. Stanley Péan nous a confié lors de notre entretien que le héros de ce roman est incontestablement celui qui lui ressemblait le plus et en tout cas, celui auquel il pouvait le mieux s’identifier. Même s’il est évident qu’il est de ceux qui attachent une grande importance à la qualité de leur expression écrite, Stanley Péan reconnaît volontiers que dans le thriller, «Zombie Blues», précédemment publié à la Courte échelle dans cette même collection, les enjeux étaient différents et qu’en conséquence, le style y est sans doute plus moderne. Ton Rodrigue, un des personnages du livre, «Le Tumulte de mon sang», évoque à un certain moment la richesse culturelle d’Haïti : «A-t-on jamais vu un pays si petit, si pauvre, avec autant d’écrivains, d’intellectuels et de penseurs de tout acabit au pied carré»? M’étant moi-même
souvent posé la question, je n’ai pu résister à la curiosité de demander
à Stanley Péan comment on pouvait effectivement tenter d’expliquer cette
extraordinaire richesse ? Selon
lui : «Dans un pays où l’économie est en
perdition, où la politique est un véritable gâchis, pour éviter que cela ne
devienne un gâchis total, l’importance du rayonnement de la culture est
devenue une fierté nationale : les peintres, les artistes en tout genre,
les auteurs foisonnent à Haïti. Ils
sont devenus l’orgueil des Haïtiens, l’expression même de la fierté haïtienne.»
Je
vous invite donc vivement à découvrir à votre tour au travers de son
excellent dernier roman, «Le Tumulte de mon sang», cet auteur talentueux qui a
su rester d’une grande humilité face aux grands qui l’ont précédé sur le
chemin de l’écriture de qualité. Il
en vaut le détour car sa passion pour la littérature est plus que
communicative !! Histoire
de vous mettre un peu plus l’eau à la bouche, sachez que Stanley Péan
publiera en novembre prochain 2001, aux éditions Planète Rebelle, un recueil
de nouvelles, «Le Cabinet du docteur K». Enfin,
chers Internautes, visitez si ce n’est déjà fait, sa «Pl@nète culture»
publié également chez ce même éditeur et découvrez sur ses traces, les «meilleures
adresses culturelles dans le Web»… ©
Alexandra S. Holstein
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