IL NE PLEUT JAMAIS À LIMA

Il ne pleut jamais à Lima —  Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai eu la très agréable sensation d’avoir lu un vrai et bon roman.

Pas un de ces romans gnangnan sans véritable contenu, aux personnages stéréotypés jusqu’à la caricature, construits selon une recette préétablie où l’on sait déjà ce qui doit inévitablement se passer à tel chapitre et où l’imagination souvent défaillante de l’auteur s’essouffle de page en page… contrat ou avance sur recette oblige. 

Pas non plus un de ces romans qui en fait, justement n’en sont pas et dans lesquels l’auteur nous inflige l’épuisant inventaire de ses états d’âme, le tout dans une affligeante exhibition qui se veut pourtant être une brillante démonstration pseudo-intellectuelle.  J’avoue avoir de moins en moins envie de servir de divan de psychanalyste à des écrivains psychotiques en mal de d’écriture ou surtout, en mal de célébrité dont la plume est, hélas, bien trop souvent désespérément pauvre et l’imagination d’une navrante aridité…

Car ne mélangeons pas les genres : si on écrit un roman, on écrit un roman et pas une espèce de salmigondis de mots et de phrases, où se mêlent avec arrogance les genres littéraires les plus opposés et parfois même, fort peu maîtrisés par celui qui veut les utiliser.  Car après tout, selon la définition officielle des dictionnaires, — et ici, en l’occurrence du Petit Robert — qu’est-ce qu’un roman, sinon «une œuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures….»

Mais encore faut-il avoir le talent non seulement pour créer ces personnages et leur histoire, mais aussi pour arriver à les mettre en scène dans leur cadre de vie afin d’y entraîner à son insu, au fil des pages, le lecteur.

Pourtant au départ, un coup d’œil trop rapide sur la première de couverture de Il ne pleut jamais à Lima ne m’avait pas immédiatement séduite.  Il m’avait même laissé croire qu’il pourrait s’agir justement d’un roman mièvre …  Que l’auteur reçoive donc ici mes plus sincères excuses car, son texte méritait bien plus qu’un coup d’œil superficiel sur une illustration qui tout compte fait, résume assez bien le livre, même si son côté un peu trop réducteur peut faire reculer ceux qui croiraient qu’il s’agit là d’un roman sans intérêt.

Le destin de certains romans mériterait de croiser la route des grands réalisateurs de cinéma car, ils deviendraient alors de superbes films et Il ne pleut jamais à Lima est de ceux-là. 

La douce campagne de la Verte Albion, les villes meurtries de la France occupée et les lointains contreforts du Pérou défilent devant nous au gré des pages, comme un scénario. 

Peu à peu, sous la plume habile d’Emmanuel Leroy, le lecteur s’infiltre dans la vie du jeune John Duxbury et de sa famille.  C’est tout d’abord sur les terres de la riche et vaste propriété familiale du Comté d’Essex, le domaine Springfield que nous rencontrons John, sa mère, Lady Duxbury, et sa sœur, Sarah.  Devenu plus tard, pilote de la RAF, nous frémirons d’angoisse en voyant son avion abattu en pleine zone occupée.  Que serait-il devenu alors sans l’amour de sa vie, la gracile Véronique, étoile de ballet à l’Opéra de Paris qui n’hésitera pas à prendre de gros risques pour tenter de le faire sortir de France grâce à de courageux résistants via des réseaux de passeurs vers l’Espagne et ce, alors que la Gestapo n’est pourtant jamais très loin.

Mais c’est sur les contreforts des Andes, au milieu des indiens honteusement exploités par des contremaîtres peu scrupuleux, que nous rejoindrons enfin John devenu géologue et responsable de gisements miniers.  Les vies de John et de sa sœur Sarah se rejoindront bientôt… mais à vous de découvrir comment et pourquoi…

Emmanuel Leroy signe avec Il ne pleut jamais à Lima un de ces romans comme je les aime : un roman où le lecteur passe avec bonheur au-delà du miroir de l’imagination de l’auteur pour rejoindre les personnages qu’il a créés et mis en scène pour notre seul plaisir.  Emmanuel Leroy est incontestablement un conteur doué et ce roman en est la démonstration réussie.

Il ne pleut jamais à Lima
Emmanuel Leroy
Roman
420 pages — 2001
Les Éditions JCL

©  Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2002