ANTHOLOGIE
DE LA POÉSIE ROMANTIQUE BRÉSILIENNE

Soyons honnêtes, mis à part quelques rares initiés, je doute fort qu’un grand nombre d’entre nous ait déjà eu l’occasion de découvrir la poésie du Brésil et donc, a fortiori sa poésie romantique.  À notre décharge, nous avons bien des excuses. 

La langue n’est pas la moindre.  Lire dans le texte des poèmes en portugais n’est pas à la portée de tout le monde.  Ensuite, comment savoir quels sont les grands poètes brésiliens méritant notre quête linguistique.  Enfin, quels poèmes lire pour se faire une idée exacte de leur œuvre et surtout, où en trouver une édition, si possible dans notre langue.

Désormais, nous n’aurons plus aucune excuse valable pour justifier notre ignorance ou notre paresse intellectuelle.  Les éditions UNESCO et Eulina Carvalho ont uni leurs efforts pour nous offrir une Anthologie de la poésie romantique brésilienne.

Cet ouvrage d’un peu plus de 250 pages, complété par un lexique et un sommaire dans les deux langues, est tout à fait passionnant et d’une très grande richesse littéraire.  La présentation des poèmes en version bilingue — version brésilienne sur la page de gauche, version française sur celle de droite — permet de se hasarder à savourer la musicalité de cette grande poésie romantique dans sa version originale, même quand la langue portugaise demeure pour nous un mystère insondable…

L’immense travail accompli par les trois traducteurs — Adrienne Álvares de Azevado Macedo, Didier Lamaison et Cécile Tricoire — est un véritable travail d’artiste et surtout un défi de taille, relevé ici de main de maître.  Car avec leur version française, ils signent eux aussi une authentique œuvre poétique, ample et envoûtante.

Cette anthologie est vraiment destinée à devenir un ouvrage de référence. 

Rien n’a été laissé au hasard par les éditeurs.  Tout a été fait pour expliquer aux lecteurs le mouvement poétique romantique au Brésil, un courant littéraire qui a duré de 1830 à 1870.  La préface d’Alexei Bueno, sur « La Poésie romantique brésilienne » ainsi que la présentation particulièrement intéressante de Didier Lamaison sur « Le Romantisme brésilien ou la vie à tire-d’aile » contribuent à nous situer cet important mouvement dans l’histoire même du Brésil ainsi que dans le contexte littéraire du moment.  Le lecteur découvrira ainsi que l’indépendance du Brésil en 1822 a été un tournant essentiel pour l’épanouissement de l’âme poétique brésilienne au cours de la décennie suivante.  De même, chacun des poètes les plus significatifs de ce courant fait l’objet d’une courte mais soigneuse présentation et son œuvre est replacée dans le contexte de l’époque.  Ce travail didactique contribue encore à nous faire apprécier les poèmes choisis qui y font suite, puisque nous connaissons mieux leur auteur et sa vie.

Quels sont ces grands écorchés vifs que sont les poètes romantiques ?  Au Brésil, ils ont pour nom : Gonçalves Dias (1823-1864), Álvares de Azevado (1831-1852), Casimiro de Abreu (1839-1860), Fagundes Varela (1841-1875) et Castro Alves (1847-1871).  Vous noterez qu’on ne fait pas de vieux os dans le romantisme brésilien…  Une vie courte certes, mais d’une intensité artistique à vous couper le souffle. 

Leur sensibilité est à fleur de peau, leur vie parfois quelque peu désordonnée mais  leur œuvre est puissante et leur imaginaire d’une richesse sans égal. 

Vous découvrirez l’œuvre quasi épique du « poète national », Gonçalves Dias, le métis dont les poèmes indianistes sont le fruit d’un travail de recherche digne d’un ethnologue.  La « Chanson de l’exil » écrite par celui qui est considéré comme « le plus cultivé de tous les poètes brésiliens » est certainement le poème le plus célèbre de la poésie brésilienne.  Quant à son « I-Juca-Pirama » les spécialistes s’accordent à faire de lui une des œuvres majeures de la Poésie — entendez par là de la « poésie universelle ».  Álvares de Azevado très influencé par Byron et Musset, poète intense dont la mort à 20 ans laisse un vide gigantesque dans la littérature brésilienne et lui assure une notoriété posthume colossale.  Casimiro de Abreu, le « poète-enfant » dont les poèmes sont appris dans toutes les écoles : une écriture exquise, gracile et vulnérable.  Le très bouillonnant Fagundes Varela, mi-ange mi-démon qui signe une œuvre riche mais exaltée à l’image de sa vie personnelle.  Enfin, le dernier mais non le moindre, Castro Alves qui dès son adolescence, a fait preuve d’une très grande maturité poétique et d’une extrême créativité.  Véritable maestro de la langue brésilienne dont il a su exploiter avec un infini doigté, toute la richesse et la musicalité, ce prodigieux poète a mis la plénitude de son écriture au service d’une double cause : la lutte contre l’esclavage et la réhabilitation du « Noir ».

J’ai savouré chaque minute de lecture et chaque ligne de cette anthologie, et si, cette année, je ne devais vous conseiller qu’un seul livre de poésie, je n’hésiterais pas un seul instant à vous conseiller vivement celui-ci tant l’intensité des œuvres présentées est considérable, et riche leur diversité. 

©  Victoria Mayres
LivresPlus
Montréal, 2003

Anthologie de la poésie romantique brésilienne
Édition bilingue
Poèmes choisis par Izabel Patriota P. Carneiro
Présentés par Didier Lamaison
Préface d’Alexei Bueno
Traduits du brésilien par Adrienne Álvares de Azevedo Macedo,
Didier Lamaison et Cécile Tricoire
253 pages — 2002
Co-édition Éditions Eulina Carvalho /
Éditions UNESCO