TOUT LE MONDE VOUS AIME, MONSIEUR SALIM

 

(Les Éditions du Vermillon)

 

 

 

Au fil des années, Jean-Louis Grosmaire a été plusieurs fois récompensé par des prix pour ses différents ouvrages. Pour ne citer que celui-ci, son précédent roman, Tu n’aurais pas dû partir, a été récompensé par le Prix Louis-Pergaud 2007. Publié il y a quelques semaines par les Éditions du Vermillon, une maison d’édition d’Ottawa, son tout dernier roman, Tout le monde vous aime, monsieur Salim, mériterait amplement de recevoir à son tour un prix.

 

Jean-Louis Grosmaire a un talent qui, bien trop souvent à mon goût, semble se perdre de nos jours chez bon nombre d’écrivains ou prétendus tels : l’art de savoir peindre tant les personnages et leur environnement que l’atmosphère et l’ambiance qui s’en dégagent. Cet auteur à la plume intelligente n’a donc aucune difficulté à nous entraîner dans une histoire qui nous semble presque familière, car par sa simplicité ordinaire, elle peut s’assimiler à un quotidien qui pourrait être ou devenir le nôtre ou celui d’un proche.

 

Cette histoire est parfaitement servie par l’écriture fluide de Jean-Louis Grosmaire. Véritable poésie en prose, tout en clins d’œil entre souvenirs et réalité, entre présent et passé, entre présent et futur, le texte de Tout le monde vous aime, monsieur Salim est tantôt grave, tantôt léger, à la fois plein de tendresse et de douceur, mais aussi de cette douleur issue de la solitude de ceux qui ont perdu quelque chose : que ce soit leurs racines, leur passé et leur jeunesse comme monsieur Salim, ou leurs origines et leur présent comme Hassan, ce jeune déraciné qui se tient en équilibre au bord du gouffre de la délinquance.

 

Monsieur Salim vit bien malgré lui, dans une résidence pour l’âge d’Or… Pour tromper l’ennui et le temps qui s’égrène, il voyage dans sa tête dans un carnet de souvenirs qu’il appelle son « livre invisible ». Natif du Maroc, il y raconte sa vie depuis ce jour où un couple de Français l’a adopté jusqu’à sa rencontre avec Hassan, fils d’immigrés marocains. Hassan est le représentant type de cette deuxième génération d’immigrés pris dans la tourmente du décalage perpétuel entre leur vie et celle de leurs parents, entre leurs habitudes de vie moderne et le poids des traditions et des coutumes. Une distorsion douloureuse qui peut faire basculer un avenir en quelques instants de dérive ou d’échecs… La communication va s’installer entre ses deux êtres qui se cherchent dans une société qui semble les avoir laissés sur le bord du chemin : l’un parce qu’il est trop vieux, l’autre parce qu’il est trop jeune ou d’ailleurs.

 

Ce roman nous fait vivre un bel exemple d’entraide et de dialogue entre les générations et les cultures : combattre la solitude, l’ennui, l’abandon et l’absence de partage de l’un et la recherche de sa place dans une société qui semble ne pas vouloir de lui, pour l’autre.

 

Loin d’être triste, ce roman nous fait espérer dans le genre humain, et c’est tant mieux, car ces temps-ci, les occasions de cette espérance ne sont pas légion.

 

Monsieur Salim vous êtes l'un de mes coups de cœur de l’année 2009, donc rassurez-vous tout comme Hassan et Julie, moi aussi je vous aime!

 

© Alexandra S. Holstein

© LivresPlus

Montréal, 2009

www.livresplus.com

 

 

Tout le monde vous aime, monsieur Salim

Jean-Louis Grosmaire

Roman

152 pages — 2009

Les Éditions du Vermillon